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Y’a longtemps qu’on n’a pas pêché ensemble

Y’a longtemps qu’on n’a pas pêché ensemble

Plusieurs personnes ont un membre de sa famille ou un ami avec qui elles ont partagé un moment spécial le temps d’une pêche. Pour ma part, les moments qui me manquent le plus sont ceux que je passais avec mon père. Pour le décrire, je vous dirais que c’était un gars de bois comme on dit par ici, un vrai de vrai. Il adorait la chasse et la pêche. Même faire la cueillette de petits fruits le rendait heureux tant qu’il se trouvait entouré d’épinettes ou d’eau. On n’avait pas le choix de suivre tant qu’on n’était pas assez vieux pour rester seuls à la maison. Il n’y avait qu’une option possible : suivre ses traces. Mais en fin de compte, ça ne nous dérangeait pas parce que c’était aussi un privilège de partir seuls avec lui pour une excursion dans le bois ou une expédition de pêche.

 

Je me souviendrai toujours de la fois où j’ai pêché mon premier poisson. On était en camping au lac Camille-Roy dans la réserve faunique La Vérendrye. Toute la famille y était, mes parents, mon frère et ma petite sœur. Un soir après le souper, mon père me demande si j’ai le goût d’aller trôler un peu avec lui -n’ayez pas d’arrières pensés, ici trôler n’a pas de 2e sens comme le veut l’expression signifiant flirter. Du haut de mes 8 ans et fière que mon père me propose une petite virée de pêche père- fille, je lui lance un « oui » rempli d’excitation. Sans plus attendre, je me dirige vers la chaloupe pour ne pas qu’il change d’idée ou que quelqu’un d’autre propose de venir avec nous.

lac Camille Roy réseve faunique La Vérendrye pêche

Photo | SÉPAQ, réserve faunique La Vérendrye

Le camping du lac Camille Roy dans la réserve faunique La Vérendrye permet d’unir camping et pêche.

Et c’est parti! On embarque dans la chaloupe et mon père me donne ses quelques consignes habituelles; mets ton gilet de sauvetage, reste assise et touche à rien. Après quelques minutes de navigation sur un lac miroir, mon père me prépare ma ligne avec une de ces trôles rouges et blanches que tout le monde connaît que je lance à l’eau sans plus attendre. Ça ne fait pas cinq minutes que nous avons commencées que je crie en panique : « Papa! Papa! Je pense que j’en ai un! Oui, j’en ai un! Ça tire fort… je pense que je vais l’échapper. Attrape ma canne papa! » Et lui me répond de son ton chaleureux, calme et autoritaire : « tiens bien ta canne ma belle faut pas que tu l’échappes… maintenant ramène le doucement et reste calme tout va bien aller… tu peux le faire toute seule ».

Facile à dire, mais pas facile à faire pour une petite puce de 8 ans qui est un poids plume; tenir une canne à pêche quand on a l’impression que c’est le monstre du Loch Ness qui est à l’autre bout. Au bout d’un moment, que je juge interminable, j’ai les bras en compote, mais j’ai réussi à le sortir toute seule de l’eau. Mon père était super fier de sa petite fille, ça se voyait dans ses yeux. Je venais de sortir de l’eau un énorme brochet qui devait faire au moins 8 livres. Mais l’histoire ne se finit pas là. On était tellement pressés de partir que nous avons oublié la chaîne à poissons pour l’accrocher. Le brochet était vigoureux, il gigotait tellement qu’il a failli passer par-dessus bord. C’est là que le gars de bois (mon père) sort son couteau qui est accroché à sa ceinture (toujours prêt comme un scout) et l’enfonce dans la tête du brochet pour mettre fin à ses jours. Je le regarde bouche bée. Mon père me répond alors en me voyant sans mot : « je n’avais pas le choix sinon il serait retombé dans l’eau ». Pour moi, le plus mémorable n’est pas la torture qu’il a infligée à ce brochet, mais ce moment père-fille le temps d’une chaude soirée d’été.

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Mon premier brochet pêché et sorti seule, à l’âge de 8 ans.

Des histoires de pêche, j’en ai d’autres, mais jamais seule avec lui. Comme il était de bonne compagnie, tout le monde voulait aller à la pêche avec lui. Comme il ne me sera plus possible de partager de nouveaux moments avec lui, je me promets de transmettre sa passion à ses petits-fils. Qui sait? Ils deviendront peut-être des gars de bois 😉

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